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Travailler avec mes émotions
Par Jean Garneau, psychologue

Cet article est tiré du magazine électronique
" La lettre du psy"
Volume 2, No 4: Avril 1998



Résumé de l'article

Quelle place pouvons-nous faire à l'expression de nos émotions dans un contexte de travail ? Est-il possible de tout exprimer ? Comment déterminer quand il est opportun de dire ou de ne pas dire mon point de vue subjectif ? Que faire quand mon expression est mal reçue ? Comment éviter de blesser inutilement mes collègues ?

Cette article fait suite à Mettre mes émotions au travail


Table des matières
    A. Introduction
    B. Combien j'assume mon expression
    C. Une expression dans un contexte
    D. L'objectif de mon expression
    E. Les buts fondamentaux de l'expression
    F. Les objectifs de chaque expression
    1. Exprimer pour informer
    2. Exprimer pour influencer
    3. Exprimer pour me soulager
    4. Exprimer pour m'assumer
    5. Exprimer pour nourrir la relation
    G. Conclusion

Vous pouvez aussi voir:
Vos questions liées à cet article et nos réponses !





A. Introduction


Dans "Mettre mes émotions au travail", nous avons vu comment nos réactions émotives et même nos sensations peuvent nous informer sur les situations dans lesquelles nous sommes et nous guider dans les décisions que nous avons à prendre. Cette façon d'utiliser nos émotions s'applique au travail comme partout ailleurs.

Cette fois, nous allons examiner les possibilités et les limites de l'expression émotive en milieu de travail. L'expression a des effets équivalents qu'elle survienne au travail ou dans notre vie privée. Cependant, nos relations avec nos collègues étant différentes de celles que nous avons avec des proches, le choix du contenu, du moment et du moyen d'expression sera différent. Ce sont essentiellement des mêmes dimensions que nous tiendrons compte, mais avec des objectifs et des contraintes différents.



B. Combien j'assume mon expression


Voici un exemple fréquent. Une personne qui boit trop lors d'une fête au bureau. Libérée de sa timidité habituelle par l'alcool, cette personne devient très expressive: elle dit "leurs vérités" à plusieurs compagnons de travail, incluant le patron. Elle exprime également un sentiment amoureux envers un collègue. Tout le monde rit bruyamment, complice, mais un peu mal à l'aise.

Pourquoi ce malaise? Cette personne dit des choses qu'elle pense vraiment. Elle exprime des sentiments réels. Pourtant, nous avons l'impression que c'est excessif (et nous avons raison). Mais qu'est-ce qui est excessif exactement? Sûrement pas ce qu'elle dit; il ne s'agit que de vérités.

En réalité, c'est justement le fait de dire ces choses qui nous semble excessif. Normalement, cette personne ne dirait pas cela. Demain, elle regrettera probablement de les avoir dites. C'est l'écart entre le comportement habituel de cette personne et sa façon actuelle d'agir qui nous rend inconfortables.

Cet exemple illustre un aspect très important de l'expression réussie: la capacité d'assumer ce que nous exprimons. Pouvoir assumer ce que j'exprime est toujours important pour que mon expression soit réussie et pour que je puisse vivre avec ses conséquences. C'est encore plus important en milieu de travail que dans des relations intimes. En effet, l'affirmation me rend toujours plus ou moins vulnérable.

Cette vulnérabilité est normale dans les relations intimes dont la qualité repose en grande partie sur la capacité de "se mettre à nu". Mais il n'en est pas de même au travail; certaines relations sont plus intimes, mais la plupart ne le sont pas du tout. Donc, tant que j'énonce des opinions que je serai capable de porter par la suite, tout va bien. Tant que j'exprime des sentiments que je pourrais tout autant exprimer le lendemain, je suis en terrain relativement sûr. Je sais que mon expression est le reflet de ce que je suis et je sais qu'elle correspond à ce que je veux faire connaître de moi.

C'est un premier point de repère:
exprimer uniquement ce que je peux assumer.




C. Une expression dans un contexte


Ce n'est pas tout d'assumer ce que j'exprime, il faut aussi que mon expression tienne compte du fait que je suis dans une situation de travail. Je dois tenir compte des normes du milieu où je me trouve, de ce qui est acceptable ou non pour ce groupe.

Le fait que je sois capable d'assumer mon désir pour une collègue de travail ne suffit pas à justifier que je l'exprime. Il faut également que le contexte puisse le tolérer. Dans un milieu très prude, il est possible que l'expression de mon désir constitue un problème majeur. De même, si je suis en position d'autorité par rapport à cette collègue, mon expression risque, même si je n'en ai pas l'intention, d'exercer des pressions indues sur elle ou de créer des situations difficiles avec les autres employés.

De la même façon, si mon milieu de travail est, comme plusieurs, très réservé quant à l'appréciation qu'on peut exprimer, il n'est pas facile de féliciter un collègue, d'exprimer ma fierté ou de lui demander s'il apprécie mon travail. Il est possible qu'on me trouve faible, dépendant ou "téteux". Je dois alors agir en fonction de ce qui m'importe le plus: respecter mes valeurs concernant la reconnaissance des autres, répondre à mon besoin d'appréciation ou maintenir une image de force ou d'indépendance. Si je choisis l'expression, il faudra que ce soit en tenant compte de la réaction de mon milieu: je serai considéré comme différent, comme déviant par rapport à cette norme.

Toujours, il est important de respecter un équilibre entre une expression authentique et les normes du milieu où je me trouve. Il ne s'agit pas de me soumettre aveuglément aux usages et aux habitudes de mon groupe de travail, car je ne me respecterais plus. Nous connaissons déjà les conséquences désastreuses qui en découlent. (Voir "Fidèle à moi-même" ).

Chaque fois, il me faut choisir jusqu'où je veux aller dans mon expression, en tenant compte à la fois de mes collègues et de mes besoins de m'affirmer. Parfois, je choisirai d'accorder plus d'importance aux normes de mon groupe de travail. À d'autres moments, j'opterai pour une expression plus complète, en sachant qu'elle aura un impact important et provoquera des réactions fortes. C'est mon choix, pourvu que je sois prêt à vivre avec les conséquences.

Encore ici, il s'agit d'assumer mon expression, mais j'assume aussi mon choix d'être semblable au groupe ou différent.

C'est un deuxième point de repère pour me guider:
"suis-je prêt à être différent des autres?"




D. L'objectif de mon expression


Pour parvenir à faire le choix d'être différent, à décider de dévier de la norme, il est utile de m'interroger sur mes objectifs. Mon expression est en effet un moyen pour atteindre un but. Et ce but est lié (plus ou moins directement) au travail.

J'exprime mes émotions à un collègue parce que je suis blessé, touché, heureux, irrité, inquiet, etc., d'une façon qui le concerne. Mais je l'exprime aussi parce que cette réaction émotive est devenue un obstacle dans notre relation de travail. Elle me distrait, nuit à ma concentration, accapare mon énergie ou sabote ma motivation.

Le fait de l'exprimer permet alors deux choses:

  1. mon énergie n'est plus utilisée à me contrôler et
  2. nous pouvons discuter directement du problème qui est devenu un obstacle à notre travail. Ainsi, je pourrai probablement récupérer mon énergie et redevenir productif. Je recommencerai éventuellement à pouvoir me concentrer sur mon travail.

En plus, j'exprime mon point de vue, mes idées, pour contribuer à ce que nous cherchons à faire ensemble ou pour "nourrir la relation". Parfois, les opinions que j'exprime sont directement liées à notre tâche. Elles sont une contribution à notre travail. Mais il arrive aussi que ces idées soient des façons de me faire connaître, plus que des contributions directes à notre tâche.

Cette expression est également importante: elle contribue à tisser un lien qui nous permettra de mieux travailler ensemble. Ce collègue me connaissant mieux, il comprendra plus facilement mon point de vue et pourra mieux se faire comprendre de moi. Nos efforts seront alors plus harmonieux et plus productifs. Même nos désaccords seront plus pertinents, car ils seront moins souvent des malentendus et plus souvent des obstacles réels qui exigent une attention particulière et des solutions créatrices.

Voici donc un troisième point de repère:
choisir mon expression à partir d'un objectif clair.




E. Les buts fondamentaux de l'expression


Comme l'illustrent les quelques exemples ci-dessus, les objectifs de mon expression peuvent être de plusieurs genres. Globalement, on peut dire que l'expression au travail poursuit deux genres de buts: j'exprime mes opinions et mes réactions pour maximiser l'efficacité de notre relation ou pour satisfaire mes besoins.

Ces deux genres de buts sont liés entre eux. L'efficacité de notre travail ensemble est pour moi une source de satisfaction importante: j'aime avoir l'impression que nous progressons rapidement et harmonieusement vers le résultat que nous recherchons. Le fait d'atteindre notre but ou de terminer une tâche est satisfaisant, mais le chemin pour s'y rendre est également une satisfaction importante lorsqu'il est agréable et lorsque nous surmontons rapidement les obstacles qui apparaissent en cours de route.

De même, nous savons tous que nous travaillons plus efficacement lorsque nous sommes heureux dans notre travail. Le plaisir de travailler contribue énormément à la qualité du résultat. Ce plaisir repose sur la satisfaction de l'ensemble de nos besoins: notre désir d'être efficace et créateur comme notre besoin de détente et de repos, notre besoin d'être apprécié comme celui de nous confronter, notre besoin d'aimer et d'être aimé de même que notre besoin de nous affirmer, notre besoin d'utiliser nos ressources au maximum comme celui de nous sentir en sécurité... La liste pourrait encore s'allonger. Il s'agit autant de besoins personnels que de besoins liés à la tâche et de besoins qui concernent nos relations avec les autres.

Pour choisir mon expression au travail, il est important que je m'autorise à tenir compte des deux genres de buts fondamentaux: l'efficacité du travail et la satisfaction de l'ensemble de mes besoins personnels. Il n'est pas toujours opportun de faire place à chaque besoin particulier: la situation et les personnes en cause m'aident à choisir à quels aspects je veux donner de la place à chaque moment. Mais il est important que je maintienne un équilibre qui tienne compte de toutes ces dimensions.

C'est un quatrième point de repère:
maintenir l'équilibre entre mon efficacité et ma satisfaction.




F. Les objectifs de chaque expression


Nous venons de voir quels sont les buts généraux de notre expression au travail. Voyons maintenant les objectifs particuliers que poursuit chaque expression. Il est utile d'identifier clairement l'objectif immédiat de mon expression, car les moyens et le contenu en dépendent.

Au travail, l'expression vise généralement un des cinq types d'objectifs suivants: informer, influencer, soulager, assumer, alimenter. Il peut arriver que plus d'un objectif soit atteint par une expression, mais il est préférable de ne poursuivre qu'un seul de ces objectifs à la fois, car les moyens d'expression sont différents selon les objectifs.


1- Exprimer pour informer

Si je veux principalement informer mon interlocuteur, les qualités principales de mon expression seront la clarté et la concision. Par exemple, dans ce texte, mes phrases doivent être courtes afin de vous aider à garder votre attention sur ce que je vous expose. Je tente aussi de faire des phrases dont l'organisation est simple et directe. Ceci vous aide à saisir du premier coup ce que je vous dis. Je sais que les mots vagues et les périphrases vous rendront plus difficile la compréhension de mes idées. En somme, j'essaie de vous faciliter la tâche en utilisant tous les trucs que je connais pour clarifier et simplifier mon expression autant que possible, mais sans négliger les détails importants.

J'aurai réussi mon expression si les personnes à qui je m'adresse comprennent facilement de que je veux dire. Je considérerai comme un signe d'échec le fait que mon lecteur ait besoin de relire une phrase trois fois pour la comprendre. Si la personne à qui je m'adresse devient distraite en cours de route, je considère que je n'ai pas réussi à l'informer; mon expression n'était pas assez claire, simple, utile ou pertinente pour conserver son intérêt.


2- Exprimer pour influencer

Si par contre je veux vous influencer, il faut que mon expression ait deux qualités principales: il faut qu'elle vous rejoigne et il faut qu'elle vous fasse découvrir un nouveau point de vue. Ces deux dimensions sont absolument nécessaires pour que j'aie des chances de réussir à vous influencer. Il n'est pas certain que j'y parviendrai, ça ne vous forcera pas à changer de point de vue, mais j'aurai au moins des chances de réussir.

Premièrement, je dois vous parler d'une façon qui rejoigne votre expérience personnelle. Il faut que vous reconnaissiez, dans mon expression, les choses que vous savez, ce que vous ressentez, ce que vous avez déjà observé ou vécu, votre compréhension des choses. Ça exige que je comprenne bien votre point de vue.

Il est nécessaire de rejoindre votre expérience pour que vous puissiez cheminer à partir de votre point de vue actuel. Autrement, le passage à une nouvelle vision des choses serait impossible et il ne vous resterait pas d'autre possibilité que de me croire sur parole, sans vraiment comprendre. Ce ne serait pas de l'influence mais de l'obéissance! À partir du moment où j'ai rejoint votre point de vue, je peux entreprendre de vous présenter une autre façon de voir les choses. Essentiellement, je dois relever le défi de reprendre les dimensions qui sont déjà en vous, d'y ajouter un minimum d'information nouvelle et de vous présenter une façon de voir tout ça qui vous apparaisse plus satisfaisante, plus intéressante ou plus exacte que celle que vous aviez jusque-là.

Ces deux qualités vont prendre des formes différentes selon le domaine dans lequel je veux vous influencer. S'il s'agit de vous amener à changer vos idées ou vos opinions sur un sujet, je m'adresserai principalement à votre intelligence et à vos connaissances actuelles. J'utiliserai alors mes idées et je laisserai transparaître mon intérêt ou mon enthousiasme pour le sujet. Mais si je veux influencer vos réactions émotives envers moi, quelqu'un d'autre ou envers une situation, c'est à ce que vous ressentez que je dois m'adresser en parlant plus à partir de ce que je ressens, en laissant paraître mes réactions émotives et la passion qui m'habite.


3- Exprimer pour me soulager

Parfois, j'ai besoin de m'exprimer pour me soulager et me libérer. C'est nécessaire lorsque j'ai trop accumulé, trop toléré, trop retenu mes réactions. À l'extrême, je vis des expériences très violentes sans pouvoir réagir librement et je me retrouve avec des problèmes post-traumatiques (voir http://www.redpsy.com/trauma.html ).

Le principe de base de l'expression qui soulage est simple: "il faut que ça sorte". Plus précisément, il faut que j'exprime mes réactions émotives (ce que je ressens, ce que j'ai ressenti, ce que je n'ai pas osé ressentir) avec leur intensité réelle. C'est autant l'intensité que l'émotion elle-même qui doit être exprimée.

Je peux le faire avec une personne en qui j'ai confiance, mais seulement à la condition que je puisse, avec cette personne, faire place à toute l'intensité de mes réactions et à toutes les dimensions de ce que je ressens. Autrement, la personne deviendra un obstacle à ma pleine expression. Il vaut mieux le faire seul que de tomber dans le piège des confidences où je raconte à l'infini mon expérience sans jamais m'en libérer. L'expression qui soulage n'a rien de commun avec le "placotage" (parler à une autre personne de nos griefs envers quelqu'un qui n'est pas présent).

Je sais que j'ai fini de me libérer, que mon expression soulageante est complétée quand je cesse de "ruminer" cette expérience. Tans que la situation n'est pas complétée par l'expression soulageante, je reste un peu "obsédé"; j'y repense à tout propos, je m'imagine dans la situation, je me venge en imagination, etc. Mais dès que mon soulagement est complet, cette expérience et ses suites cessent de m'accaparer et je n'y pense plus.


4- Exprimer pour m'assumer

Ici, il ne s'agit plus de me libérer, mais de changer. Lorsque j'assume un aspect de moi, je change quelque chose à ma façon d'être. Je me change et il est possible que ça change ma relation avec l'autre également.

L'expression qui permet d'assumer possède les même qualités que l'expression qui soulage: j'exprime mes réactions émotives avec leur intensité réelle. Mais il faut que j'ajoute quelques aspects supplémentaires qui concernent le contact avec mon interlocuteur.

Premièrement, il faut que je m'adresse à la bonne personne. Je n'arriverai pas à m'assumer devant mon patron et à changer ma façon d'être avec lui en me contentant de parler à ma confidente habituelle ou en parlant tout seul dans ma voiture. Il va falloir que je m'adresse à lui, directement.

Deuxièmement, il faut que je fasse cette expression en contact ouvert. Autrement dit, il faut que je demeure ouvert à ce que je ressens et à la réaction de l'autre pendant cette expression. Si je serre les dents et je me durcis intérieurement pour arriver à m'exprimer malgré ma peur, ça ne donnera rien. Il faut au contraire que je demeure vivant pendant cette rencontre. Je porte non seulement mon expression et l'effet qu'elle me fait, mais je porte en plus l'effet sur moi de la réaction de mon interlocuteur.

Évidemment, cette forme d'expression est intense et émotivement chargée. Je ne peux espérer la faire sans être touché, ému, troublé ou bouleversé. Elle est relativement rare, même en dehors du travail. Mais ce n'est pas une raison pour s'en priver lorsqu'elle est nécessaire. À certains moments, nous savons qu'il est nécessaire d'oser affirmer directement ce qui est vrai et important pour nous. C'est l'occasion d'assumer un nouvel aspect de ce que nous sommes et de changer notre façon d'être et la relation.

Comment savoir si on a réussi? Le meilleur indice est dans notre expérience vécue: nous savons directement que "ce n'est plus comme avant". Nous le savons parce que nous le ressentons: nous sommes différents dans cette relation et nous sommes moins à la merci des autres dans ce domaine. Par exemple, après que j'ai clairement exprimé à mon collègue combien je l'apprécie, je l'estime et je tiens à son estime ou à son affection, je cesse d'être embarrassé ou intimidé en sa présence. Je cesse d'être constamment à la recherche des indices de son approbation ou de sa désapprobation.


5- Exprimer pour nourrir la relation

Cette dernière forme d'expression est beaucoup plus importante que nous avons tendance à le croire. Nous avons tous connu des relations qui sont "mortes de faim". Ce sont celles qui s'éteignent petit à petit, parce qu'on ne fait rien pour les alimenter. Elles ne prennent pas fin sur une violente chicane, mais "par défaut". Au début, elles disparaissent peu à peu: il n'y a plus de vie entre nous, ni amour, ni colère. Si la relation était peu importante, on en reste à cette indifférence. Mais s'il s'agit d'une relation importante, l'absence d'investissement provoque une détérioration: elle pourrit. Elle devient de plus en plus toxique: chaque contact devient nocif, irritant, empoisonné.

La plupart du temps, cette mort à petit feu vient du fait qu'on a bloqué quelque chose d'important, qu'on a décidé de ne pas l'exprimer ou d'en dissimuler la gravité. C'est à cause de ce conflit caché et soigneusement évité que la relation meurt. Michelle Larivey explicitera ces dimensions dans une série d'articles sur les relations importantes. Cette série commencera dès le mois prochain par "Les noeuds dans nos relations".

Comment nourrir nos relations pour les garder vivantes et satisfaisantes? Essentiellement, ce qui fait qu'une relation est nourrie (et nourrissante pour ceux qui la vivent), c'est l'échange vivant et significatif qui s'y passe. Ceci exige des explications.

Un échange, ça signifie que les deux personnes y participent et y trouvent leur compte. On ne fait pas un échange seul avec soi-même ou en étant le seul qui nourrit la relation.

Pour être nourrissant, cet échange doit aussi être significatif pour les deux personnes. Autrement dit, il doit rejoindre les intérêts et les besoins des deux et non d'une seule personne, des besoins qui ont de l'importance pour ces deux personnes, chacune à sa façon. Il n'est pas nécessaire que le besoin satisfait soit le même chez les deux personnes.

Enfin, l'échange doit être vivant, c'est à dire chargé de vie, spontané, créatif. C'est l'inverse de la routine et du contrôle où on se retient d'être expressif. L'expression est évidemment au centre de ce contact vivant.

On peut le dire autrement: un contact est nourrissant s'il est spontané, si la charge émotive réelle est inclue. Selon le genre de relation et selon les dimensions de la relation que je veux nourrir, cette charge émotive sera différente, mais il faudra qu'elle soit présente pour nous en ressortions nourris et que notre relation en soit renforcée.

Par exemple, je félicite mon collègue qui vient de présenter un travail d'excellente qualité ou qui a réussi à résoudre un problème particulièrement difficile. Pour que ce soit un succès, il faut que mon expression (les félicitations) soit spontanée et vivante. Un mémo en trois copies ne fera pas l'affaire! Il faut aussi que ce soit un échange significatif pour nous deux. Ça suppose que mes félicitations sont sincères, bien sûr, mais aussi qu'elles sont importantes pour moi et pour lui. Ça me fait un réel plaisir de lui exprimer mon admiration pour ce qu'il a réussi et il le reçoit comme un témoignage qui a une valeur réelle.

Si ces conditions sont présentes, notre relation professionnelle de collaboration sera renforcée et revigorée par cet échange. Malheureusement, de telles expressions sont éliminées pudiquement dans plusieurs milieux de travail. On ne devrait pas s'étonner ensuite que les relations entre collègues deviennent stériles, artificielles ou chargées de compétition mesquine.



G. Conclusion


Dans ce texte, nous avons surtout examiné les dimensions dont il faut tenir compte pour choisir notre expression dans notre milieu de travail. Il n'est pas toujours opportun de nous exprimer: nous devons choisir en tenant compte de ce que nous sommes capables d'assumer vraiment face à nos collègues et aux normes de notre milieu. Nous ne sommes pas automatiquement soumis à ces normes, mais il est important que nous décidions clairement dans quelle mesure nous voulons les respecter et combien nous sommes prêts à vivre avec les effets de nos transgressions.

Nous avons aussi examiné l'expression du point de vue de ses buts. Il est important de savoir clairement quel but nous visons en nous exprimant: ceci nous permet de choisir un mode d'expression qui correspond à notre objectif et des critères de succès appropriés. En comprenant mieux les qualités qui sont nécessaires à notre expression pour atteindre les buts que nous visons, il est plus facile de réussir.

Mais ceci n'est pas magique. Il ne suffit pas d'utiliser les bons moyens pour garantir l'atteinte de mes objectifs. Les autres aussi ont leur liberté. Rien ne les oblige à réagir de la façon que je souhaite ou qui me conviendrait. Que faire quand mon expression est mal reçue? Comment éviter de blesser inutilement mes collègues? Comment réagir lorsque l'autre ne répond pas comme je le voudrais? Toutes ces questions et plusieurs autres restent encore sans réponse.

L'espace ne permet pas d'y répondre ici. Vous trouverez dans le troisième article de cette série sur les émotions en milieu de travail, "Quand l’autre réagit mal" des informations utiles traitant des réactions des autres à notre expression. Une bonne compréhension des phénomènes émotifs interpersonnels permet souvent de trouver des solutions harmonieuses. Vous verrez dans cet article: Comment agir avec la personne qui réagit mal à notre expression? Que faire si l'autre nous en veut, nous ignore, nous fuit, nous blâme, nous ridiculise ou nous méprise? Que faire si l'autre est trop susceptible, comprend mal, boude, se plaint à d'autres?

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